Le Projet de Loi de Finances (PLF) pour la gestion 2026, transmis le 3 octobre 2025 au Conseil Économique et Social (CES), a fait l’objet, le lundi 13 octobre 2025, d’une séance de présentation et d’échanges dans la salle de conférence du Conseil. La rencontre a réuni les représentants du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et les conseillers du CES, conformément à la mission consultative de cette institution dans le processus budgétaire national. 

Un cadre de dialogue institutionnel renforcé

Ouvrant les travaux, le Président du CES, Monsieur Conrad GBAGUIDI a rappelé l’importance de cette rencontre dans la chaîne de préparation du budget de l’Etat. Il a souligné que, conformément aux dispositions constitutionnelles, le CES est appelé à examiner et à formuler un avis sur les projets de loi à caractère économique et social. C’est à ce titre que les autorités du Ministère de l’Economie et des Finances ont été invitées à présenter les grandes orientations du PLF 2026, afin d’en faciliter la compréhension et de recueillir les observations du Conseil. La délégation du MEF était composée du Directeur de Cabinet du Ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances, du Directeur général du Budget (DGB) et de son Assistant, de la Directrice du Pôle Budget Ouvert, du Directeur de la Programmation, des Politiques et Synthèses Budgétaires (DPPSB) et de son Adjoint, ainsi que des représentants de la Direction générale de l’Economie (DGE) et de la Direction générale des Impôts (DGI).

Un cadrage macroéconomique solide

Présentant le document au nom du Ministre d’Etat, le Directeur de Cabinet a structuré son exposé autour de quatre (04) points essentiels. Il a d’abord rappelé les fondements juridiques et stratégiques de l’élaboration du PLF 2026, en s’appuyant sur la Vision Bénin 2060, le Programme d’Actions du Gouvernement (PAG 2021–2026), la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) de 2013, les Objectifs de Développement Durable (ODD), ainsi que le Document de Programmation Budgétaire et Economique Pluriannuelle (DPBEP 2026–2028) débattu en séance plénière au Parlement le 27 juin 2025. Sur le plan économique, le Directeur de Cabinet a indiqué que le PLF 2026 repose sur un scénario macroéconomique optimiste mais réaliste. Au niveau mondial, la croissance économique devrait rebondir en 2026, tandis qu’en Afrique subsaharienne, elle atteindrait environ 5 %. Dans la zone UEMOA, la dynamique économique resterait robuste, avec une croissance projetée à 7,5% en 2026 contre 6,3% en 2025. Le Bénin s’inscrit pleinement dans cette tendance, avec une croissance estimée à 7,5% en 2026, soutenue par les réformes structurelles, l’industrialisation notamment à Glo-Djigbé, la modernisation des infrastructures et le dynamisme du commerce portuaire.

Des indicateurs rassurants et des priorités claires

Les indicateurs macroéconomiques témoignent d’une gestion prudente et responsable. Le déficit budgétaire est projeté à 2,7% du PIB, en dessous de la norme communautaire de 3%. Le taux d’inflation devrait se maintenir à 1,2%, tandis que la dette publique resterait maîtrisée autour de 50% du PIB, bien en deçà du seuil de convergence de l’UEMOA fixé à 70%. En termes chiffrés, le budget de l’Etat pour la gestion 2026 s’équilibre en ressources et en charges à 3 783,98 milliards de FCFA, contre 3 551,01 milliards de FCFA en 2025, soit une hausse de 6,6%. Cette progression traduit la volonté du Gouvernement de consolider les leviers de la croissance et du développement social. Les priorités budgétaires concernent notamment le développement industriel et la transformation économique à travers la poursuite des investissements en infrastructures et en capital humain, la consolidation du modèle social par le renforcement des programmes de filets sociaux tels que les cantines scolaires et le projet ARCH (Assurance pour le Renforcement du Capital Humain), ainsi que le renforcement de la souveraineté alimentaire à travers la promotion de l’agro-industrie.

Une politique fiscale stable et modernisée

Le Directeur de Cabinet a ensuite mis l’accent sur la stabilité et la modernisation de la politique fiscale. En effet, aucun nouvel impôt n’a été créé depuis plus d’une décennie, le Gouvernement privilégiant la rationalisation, la simplification et la digitalisation des procédures fiscales. Le taux de contribution fiscale devrait ainsi passer de 13,9% en 2025 à 14,4% en 2026, traduisant une meilleure mobilisation des recettes intérieures sans création de nouvelles taxes. Parmi les mesures phares reconduites figurent l’exonération des véhicules neufs et des équipements importés par les PME. De nouvelles dispositions, notamment la modification de l’article 254 du Code général des impôts pour faciliter la régularisation des crédits de TVA, visent à renforcer l’efficacité du système fiscal.

A la suite de la présentation, les conseillers du CES ont soulevé plusieurs préoccupations relatives au prélèvement fiscal, à la capacité d’endettement des collectivités locales, à l’impact de l’insécurité sur le secteur touristique, ainsi qu’à la place du secteur agricole dans le budget 2026. Le Directeur de Cabinet a apporté des clarifications et annoncé que des échanges techniques complémentaires auront lieu avec les directions compétentes du MEF, notamment les Impôts et les Douanes. Il a également précisé que l’exhaustivité des réponses sera transmise par écrit dans les plus brefs délais.

Un exercice de transparence et de participation institutionnelle

Cette séance de présentation du PLF 2026 au Conseil Economique et Social illustre la volonté du Gouvernement de promouvoir un dialogue constructif avec les institutions de la République. Elle permet au CES, organe consultatif, d’apporter sa contribution à l’enrichissement du projet de budget de l’Etat à travers des analyses et recommandations pertinentes. Au-delà de son rôle consultatif, cette rencontre témoigne de l’ancrage progressif de la transparence, de la participation et de la redevabilité dans la gestion des finances publiques, en droite ligne avec les engagements du Bénin en matière de gouvernance ouverte et de bonne gestion budgétaire.